Natacha APPANAH : "Rien ne t'appartient" (Gallimard)
La lecture, pour peu que l'on s'y donne, c'est se frotter sans cesse à des corps étrangers. Un texte vous attire, on essaye de s'approcher, de l'apprivoiser, goûter sa langue, se glisser en lui, ne faire plus qu'un ; chercher l'étincelle qui mettra le feu aux frissons. Mais une promesse de volupté n'est pas la volupté, et le plus expérimenté des amants peut ne pas trouver le chemin d'une inconnue. Les corps chaloupent, les spasmes de la mer mettent à mal l'amoureuse promenade. Si l'eau s'infiltre c'est pire, on passe son temps à écoper pour mener à son terme, sans trop de dégâts, le jeu de la prose et du papier. Au final, si l'on a frôlé le fiasco, faut-il accuser la médiocrité de l'embarcation, la maladresse du marin, la distraction de la sirène, ou n'était-ce tout simplement pas le bon jour pour aller canoter ? Peut-être faudrait-il alors être galant et jeter un voile pudique sur la vaine aventure : mais ce serait ...